le 12 mai le gai savoir d'Emily Dickinson
avec
Catherine Benhamou
Michel Bompoil
montage et scénographie
Joël Jouanneau
Considérée aujourd'hui comme l'un des plus grands poètes américains, Emily Dickinson n'eut pas droit à la reconnaissance littéraire de son vivant. Presque absente de la scène littéraire, elle fut également peu présente dans le théâtre de la vie. Son champ d'expérience fut limité, puisqu'elle ne s'éloigna d'Amherst que pour passer une année au collège de Mount Holyoke à South Hadley ou lors de rares séjours, à Washington ou à Boston. Il semble donc qu'elle n'ait guère quitté le cercle de cette petite communauté puritaine de Nouvelle-Angleterre, ni franchi le seuil de la maison familiale où elle disait tant se plaire - entre son père juriste et homme politique, admiré et craint, et sa mère plus effacée ; entre sa soeur Lavinia, qui ne partit jamais non plus et son frère Austin, installé dans la maison voisine avec sa femme Susan, amie de coeur de la poétesse. Le choix d'un certain retrait du monde livre un signe essentiel : la mise à distance, l'ironie. Mais, à certains égards, ce retrait fut peut-être moins absolu qu'il n'y paraît : tout en se dérobant au monde, au mariage, elle adressa des lettres passionnées à divers correspondants masculins. La fin de sa vie fut marquée par des deuils répétés : son père en 1874, sa mère en 1882, son neveu Gilbert, mort à l'âge de huit ans en 1883, Otis P. Lord, l'un de ses admirateurs, en 1884. Secrète et expansive, grave et moqueuse, discrète mais audacieusement libre, sa personnalité est aussi complexe que l'espace réel de son expérience fut restreint.
Selon Adrienne Rich « le génie se connaît toujours lui-même : Dickinson a choisi sa réclusion parce qu'elle savait ce qui lui convenait ». Ce choix d'artiste lui a permis de vivre en lisant et en écrivant : en lisant la Bible, Shakespeare et Dickens, ou encore Emerson, Hawthorne et Melville, et en écrivant, de l'âge de vingt ans jusqu'à sa mort, 1775 poèmes.
Le Gai Savoir de Julien Gracq
Avec Michel Bompoil Anne Caillère
Adaptation et scénographie Joël Jouanneau
« A une époque où il s'agit avant tout de réinvestir l'homme de ses pouvoirs, dont chacun s'emploie à le démunir, il y a un pari surréaliste qu'il vaudrait peut-être, même maintenant, même encore, la peine de tenir. En face de l'homme à terre, qui est le thème préféré de la littérature d'aujourd'hui, dressant la figure de l'homme en expansion, triomphant un jour de la mort, triomphant du temps, faisant enfin de l'action la soeur même du rêve, le surréalisme vit peut-être à la manière de ces petites lumières que les hommes emportaient dans les cavernes au temps où s'étendait sur la terre le grand embâcle des glaciers, mais l'étincelle qu'il porte est la plus précieuse parce qu'en cette époque d'oppression et d'angoisse seul il garde et il exprime à de rares intervalles « ce sentiment du oui porté au sommet d'instants que traversent frissons, battement d'ailes » où tout le possible est en éclosion, et toute l'espérance enfermée. Au milieu d'une époque qui l'abdique, il est un acte de foi sans retour dans la puissance inconditionnée de l'esprit. »
« Ce que je vais te dire maintenant, personne ne l'entendrait : j'ai aimé le pouvoir, il m'a distrait pendant des années. Le pouvoir est beaucoup. Ne crois pas ceux qui voudront t'en dégoûter. Crois-moi, il vaut la peine d'enfoncer ses racines, il vaut la peine de gouverner même un état croulant. On avance entre deux haies d'hommes ployés, et, si l'on est un amateur d'hommes, il vaut la peine d'observer l'homme ployé : cela gagne du temps. »
Julien Gracq